Le retraité, cet ex-collègue devenu un proche

Aujourd’hui, j’aimerai juste partager avec vous quelques sensations qui me viennent au moment de voir partir des collègues. Je précise qu’il s’agit de départ à la retraite. Car j’en ai vécu un certain nombre, et à chaque fois, cela génère son lot d’émotion, plus ou moins facile à gérer.

Dans mon travail, nous sommes généralement des petites équipes, entre 3 et 7 personnes. Lors de mon 1er travail, nous étions 4 animateurs·trices socioculturels·les (ASC), + 1 secrétaire. Aujourd’hui, je travaille depuis 2010 dans une équipe de 6 ASC + 1 secrétaire et une flopée d’intervenants réguliers.

Notre modèle de travail, basé sur la collaboration, et un fonctionnement horizontal implique une répartition des responsabilités. Pour que cela marche, il faut bien sûr que chacun·e aie un grand sens des responsabilités, mais également que chacun·e ait la confiance des autres. Cette dynamique d’organisation induit une forme de proximité relationnelle.

J’ai eu la chance de travailler dans des équipes qui s’entendent bien, grâce à cette confiance en l’autre. Cela n’évite pas les tensions, les coups de gueules, mais tant que le respect de l’autre est présent, cela peut fonctionner, car nous trouvons toujours comment surmonter cette « crise » passagère ensemble.

Mais là où je venais en venir, c’est que toute cette réalité de travail implique des relations plutôt intenses. Nous sommes facilement comparables au fonctionnement d’une grande famille, avec son lot d’affects et d’émotions.

En 17 ans de travail, j’ai vécu donc 4 départs à la retraite de collègues directes, et quelques-uns de collègues d’autres centres socioculturels avec qui j’avais des relations plus ou moins proches. Les départs font partie de la vie professionnelle: il y a les changements de carrière, les licenciements, les démissions, les décès (hélas), et les retraites.

De tous les départs, la retraite est le moins surprenant, car il est davantage prévisible, mais ce n’est pas forcèment le plus simple à gérer émotionnellement. Surtout quand le ou la collègue est devenu·e aussi un ami, ou tout du moins un proche important. Pourquoi cette distinction? Parce que je trouve qu’avoir des relations de travail idéales peut s’apparenter à de l’amitié, mais nous n’avons pas forcément de liens en dehors du travail et nous ne nous connaissons pas intimement. Il y a tout de même cette proximité de celui avec qui l’on partage énormément de discussions, d’événements, etc. Et dans un métier de relation humaine, cet aspect entre collègue est très important.

J’ai déjà vu partir à la retraite il y a plusieurs années un collègue qui était un peu mon « papa professionnel ». Pourquoi papa? Parce que notre relation a été comme celle d’un père et son fils : énormément de respect, mais pas toujours simple dans les attentes réciproques. Il me semble un peu normal que dans une relation de ce type, ce ne soit pas toujours au beau fixe, et ce ne l’a pas toujours été, malgré un partage important de valeurs et de visions de travail.

Aujourd’hui, je vois partir un « frère ». Malgré nos 20 ans d’écart, il me semble avoir tissé un lien plutôt fraternel. Mais comme des frères, nous avons chacun nos chemins. Les valeurs sont partagées, pas mal d’éléments humains et de travail sont semblables, même si, et c’est tout à fait normal (que je n’aime pas ce terme!) nous ne sommes pas des clones, bien heureusement!

Donc, voilà, il part. Et en préretraite, ce sauvage. Il l’a annoncé il y a une année. Il a pris tout le monde de vitesse. Il m’a fallu bien quelques mois pour me faire à cette situation. Là, il touche au but. Sa liberté arrive dès le 1er février…

Quelque part, je l’envie. Mais non, j’adore mon métier et l’endroit dans lequel je l’exerce. Et j’adore mes collègues. J’ai complètement confiance dans la nouvelle personne qui arrivera prochainement. Malgré tout, je suis à la fois triste de voir ce collègue partir. Imaginer ne pas le revoir tous les jours de travail me fait une sensation étrange. Au moins, j’ai réussi à le convaincre de nous voir pour une activité de loisirs que nous avons en commun, soit le tennis ! Donc, le lien ne sera pas rompu. Et c’est cela qui est important. Car, il fait partie de ceux avec qui j’espère bien garder contact.

Et vous savez le pire? c’est que d’ici fin 2018, deux autres collègues de mon équipe s’en vont également à la retraite… 3 sur 7 la même année, vous imaginez? au moins, ils sont répartis dans l’année… cela nous promet au moins 3 fêtes de départs!

Mon « papa professionnel », dont j’ai parlé avant, fait aussi partie des anciens collègues que je revois parfois. C’est là qu’on réalise qu’en effet, nous étions plus que des collègues, c’est par le plaisir de se revoir, de prendre des nouvelles des uns et des autres, alors qu’auparavant, c’était essentiellement dans des moments de travail que nous nous fréquentions. J’ai aussi été invité récemment aux 70 ans d’une ancienne collègue, avec qui je n’ai travaillé directement que comme stagiaire en 2000. Mais nous avions tissé une relation suffisamment forte pour continuer à nous voir avec grand plaisir.

Bref, la retraite pour celles et ceux qui y arrivent peut être une délivrance, en tout cas, c’est une nouvelle vie. Pour ceux qui restent, une fois de plus, nous devrons apprendre à travailler avec de nouvelles personnes, en espérant pouvoir au moins avoir le minimum de ces relations.

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